Le réchauffement climatique (article du 26/1/2016)

MessagePosté par ddwit » 26 Jan 2016, 13:24

Reaction sur l'article du 26 janvier 2016  "Le réchauffement climatique, est-ce bien sérieux ?"

Nir Shaviv est en effet devenu l’un des plus ardents défenseurs de cette belle et simple explication à la question lancinante des causes possibles du réchauffement climatique.. Dans une conférence qu’il a récemment donnée au think tank (et lobby industriel) « Friends of Science » (http://www.prweb.com/releases/2015/05/prweb12732368.htm) il reprend la plupart des arguments qui figurent dans votre texte du 26 janvier et les détaille.

Mais ne pensez-vous pas que le sujet soit un peu trop complexe pour laisser la parole à une seule personne, qui, au demeurant, se dit astrophysicien, et ne travaille pas vraiment sur le climat ?  Cela revient aussi à occulter les très nombreuses études qui se sont penchées sur cette hypothèse qui passionne et divise.

Nir Shaviv et Henrik Svensmark présentent régulièrement le graphe qui figure au bas de votre article [la voici: http://i66.tinypic.com/24qp9nt.jpg],
et qui illustre la corrélation frappante entre intensité du rayonnement cosmique et couverture nuageuse entre 1982 et 2006 (et dont la source est un article de Svensmark, et non la NASA). Or cette figure est totalement obsolète. Depuis, de nouvelles mesures ont été faites, et surtout, la détermination délicate de la couverture nuageuse à été revue et corrigée par les experts en imagerie satellitale (cf. http://climserv.ipsl.polytechnique.fr/gewexca/). Les dernières études (cf. par exemple http://dx.doi.org/10.1051/swsc/2012018) montrent que non seulement la corrélation se perd au-delà de 2006, mais qu’en plus les données corrigées ne la confirment plus.

Quand donc des scientifiques persistent à ressortir des graphes anciens, qui depuis ont été largement démentis par la communauté scientifique, et occultent sciemment les dernières avancées, une alarme devrait se mettre à retentir.

Il y a un autre piège sournois. L’hypothèse repose entièrement sur cette corrélation entre le flux de rayonnement cosmique, et une donnée climatique. Or corrélation ne signifie pas causation. Seule une explication basée sur des mécanismes physiques permet de tester l’hypothèse, condition indispensable pour progresser sur le sujet. L’expérience CLOUD au CERN a en effet été montée en partie dans le but de répondre à cette question. Or il est intéressant de noter que les articles qui en sont issus (cf. par exemple http://www.atmos-chem-phys.net/10/1635/2010/ et http://dx.doi.org/10.1126/science.1243527) sont muets, voire très prudents sur ce lien avec le climat. En effet, s’il existe bien un impact des particules énergétiques sur la formation des aérosols, la microphysique révèle encore de nombreuses zones d’ombre. A ce jour les observations n’accréditent pas l’hypothèse d’un impact majeur sur le climat, contrairement à ce que suggère votre texte.

D'autres affirmations étonnantes dans votre texte demandent à être étayées par les faits: "Si la production humaine de CO2 n'a cessé d'être utilisée pour expliquer les variations de température durant le dernier siècle (...) cette théorie connaît aujourd'hui de sérieuses difficultés pour expliquer les observations passées et présentes ". Ah bon ?

Et aussi: "Et en effet, de nombreuses études montrent que la corrélation entre l'activité solaire évaluée selon le nombre de taches, l'intensité du rayonnement cosmique et la température relevée sur Terre est bien meilleure que la corrélation entre l'augmentation de la concentration entre le taux de CO2 et la température"   Merci de me dire quelles sont vos sources, car  les miennes (par exemple http://dx.doi.org/10.1088/1748-9326/8/2/024024) ainsi que ce texte signé par les académies scientifiques de 11 pays (http://nationalacademies.org/onpi/06072005.pdf) contredisent totalement votre affirmation.

Venons-en maintenant à ce lien supposé entre activité solaire et climat. Dans un projet européen COST qui vient de se terminer (http://www.tosca-cost.eu) et auquel ont participé plus de 80 scientifiques issus de différentes communautés, nous avons justement cherché à faire le point sur la contribution des différents forçages solaires sur le climat. Ce sujet est d’une énorme complexité, et seule une approche résolument multidisciplinaire permet de le dévoiler progressivement. La conclusion pour ce qui est du rôle du rayonnement cosmique figure en bas de ce texte. Elle est extraite d'un récent livre sur ce sujet ( http://laboutique.edpsciences.fr/en/pro ... ging%20Sun)

En attendant, toute annonce comme celle de Nir Shaviv sur un impact climatique majeur doit être pris avec un (très gros) grain de sel tant qu’elle n’est pas étayée par des hypothèses qui peuvent être validées ou réfutées - sans occulter ce que d'autres ont fait. Toute autre démarche, basée sur des supputations ou juste des corrélations ne peut, du point de vue scientifique, que relever d’une posture idéologique.

A bon entendeur

Thierry Dudok de Wit
LPC2E, CNRS et Université d'Orléans

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« Galactic cosmic rays (GCRs) refer to the flux of high-energy, extra-solar, particles which constantly impinge upon the Earth's atmosphere from all directions. By colliding with atoms in the atmosphere, they generate cascades of secondary particles that may extend to the Earth's surface, and consequently produce ionization in the middle and lower atmosphere. GCRs are primarily modulated by the variable solar magnetic field and the geomagnetic field, and, as a result, vary inversely with solar activity. A long-debated hypothesis suggested that GCRs may provide a strong solar amplification mechanism, linking solar activity to the Earth's climate system. One suggested pathway by which this may occur, termed ion-mediated nucleation, operates via an ion-enhancement of aerosol formation and growth rates, leading to a modification of cloud properties. While laboratory-based studies have confirmed the existence of ion-mediated nucleation, it is now understood that conditions in the troposphere are usually unfavorable for this mechanism to exert a significant influence. Such conclusions are supported by laboratory experiments, climate model studies, and satellite observations. Although no evidence for a significant and widespread GCR-cloud link has been found, uncertainty still remains as to whether or not signals too small to be reliably detected remain buried within cloud observations. However, it is clear that the remaining uncertainty is not sufficient to account for 20th century climate change.

Increased certainty regarding a GCR-cloud link would be gained from improved aerosol and cloud datasets, in particular more reliable vertical profiles and cloud-type discrimination from satellite observations. Although there is no widespread globally significant GCR-cloud effect of importance to recent climate change, the possibility of locally significant, second-order, impacts on clouds has not yet been excluded: the uncertainty regarding such phenomena are high, to the extent that even the potential sign of cloud changes that may result from variations in the GCR flux is not reliably known. Various processes could account for local-scale relationships, the majority of which relate to the global electric circuit, which has recently received considerable interest. To reduce this uncertainty, a large coordinated effort of ground-based observations and experimentation will be required at multiple sites across the globe, with expertise from a range of disciplines including atmospheric electricity and cloud microphysics. »
ddwit
 
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